La réglementation de la location courte durée à Strasbourg figure parmi les plus strictes de France, et elle a encore changé en 2026. Entre changement d’usage, compensation obligatoire, exigence de performance énergétique et nouvelles règles de copropriété, un propriétaire qui se lance sans vérifier son cadre légal prend un risque financier réel. Les montants des amendes ont doublé depuis la loi Le Meur.
Ce guide fait le point sur les règles réellement applicables aujourd’hui à Strasbourg, sur les démarches à effectuer et sur les pièges qui bloquent le plus souvent les projets. Chaque point renvoie à sa source officielle.
Pourquoi Strasbourg a renforcé sa réglementation des meublés de tourisme
D’abord, Strasbourg fait partie des zones tendues définies par le décret n°2013-392 du 10 mai 2013. Cette classification traduit un déséquilibre durable entre l’offre et la demande de logements, avec une pression forte sur le marché locatif.
Ensuite, la collectivité encadre les changements d’usage par un règlement municipal mis en place en 2016, puis modifié en 2019, en 2021 et en 2024. La modification n°3, applicable depuis le 1er octobre 2024, a généralisé la compensation dans le centre élargi.
Enfin, une modification n°4 a été adoptée par le Conseil de l’Eurométropole le 19 décembre 2025. Elle s’applique à toutes les demandes d’autorisation déposées depuis le 1er février 2026. Elle intègre les premiers outils ouverts aux collectivités par la loi n°2024-1039 du 19 novembre 2024, dite loi Le Meur.
L’objectif affiché reste le même : préserver l’offre de logements pour les habitants et les travailleurs strasbourgeois.
Qu’est-ce qu’un meublé de tourisme à Strasbourg ?
Définition légale
Un meublé de tourisme est un logement meublé, à l’usage exclusif du locataire, offert à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile et qui y effectue un séjour à la journée, à la semaine ou au mois. Cette définition figure à l’article L324-1-1 du Code du tourisme, dans sa rédaction en vigueur depuis le 20 mai 2026, et à l’article D324-1 du même code.
Critères caractéristiques :
- Logement équipé (literie, vaisselle, électroménager, mobilier)
- Location à une clientèle de passage, touristique ou professionnelle
- Usage non résidentiel, sans élection de domicile
- Séjour limité à 90 jours consécutifs non renouvelables pour un même locataire, selon l’article 1-1 de la loi n°70-9 du 2 janvier 1970, dite loi Hoguet
Différence avec la location classique
Contrairement à une location meublée classique, qui repose sur un bail d’habitation d’au moins un an, le meublé de tourisme relève d’un usage autre que l’habitation au sens du Code de la construction et de l’habitation. En effet, cette qualification déclenche l’obligation d’obtenir une autorisation de changement d’usage dès lors que le logement n’est pas votre résidence principale.
Par ailleurs, cette distinction commande tout le reste : les démarches, les délais et le niveau de risque ne sont pas comparables. Pour comparer les deux modèles sur le plan financier, notre analyse de la location courte durée vs longue durée à Strasbourg détaille les écarts de revenus.
Résidence secondaire et investissement locatif : le changement d’usage
Si votre bien n’est pas votre résidence principale, la mise en location en meublé de tourisme suppose une autorisation préalable. Cette procédure conditionne tout le projet.
Une obligation incontournable
Transformer un logement d’habitation en meublé de tourisme constitue un changement d’usage, réglementé par les articles L.631-7 et suivants du Code de la construction et de l’habitation. À Strasbourg, l’autorisation est délivrée selon les critères fixés par le règlement municipal des changements d’usage de l’Eurométropole.
La loi Le Meur a durci deux points techniques. D’une part, la notion de location « de manière répétée » a disparu, ce qui élargit le champ de l’infraction. D’autre part, l’usage d’habitation d’un local s’apprécie désormais soit sur la période 1970 à 1976, soit au cours des trente années précédant la demande.
La règle des 80 % de surface d’habitation
Le règlement impose de conserver une part minimale d’habitation dans la surface totale de l’immeuble concerné : 80 % pour un projet de meublé de tourisme, contre 60 % pour tout autre projet de changement d’usage.
Concrètement, si votre immeuble atteint déjà 20 % de surfaces affectées à d’autres usages, une nouvelle autorisation de meublé de tourisme devient impossible. Cette règle vise à éviter la transformation complète d’immeubles entiers en hébergements touristiques.
Le principe de compensation dans le centre élargi
Depuis le 1er octobre 2024, toute demande portant sur un local situé dans le périmètre du centre-ville élargi exige une autorisation avec compensation, quelle que soit la nature du demandeur, personne physique ou personne morale.
Compenser consiste à recréer du logement ailleurs, en transformant en habitation un local ayant aujourd’hui un autre usage. L’achat de droits de commercialité auprès d’un propriétaire ayant déjà réalisé cette transformation constitue l’alternative la plus courante. Les surfaces et les secteurs admis sont précisés dans le règlement municipal, qu’il faut consulter avant tout engagement.
En dehors de ce périmètre, la règle se décline ainsi :
- Première autorisation : pas de compensation si le demandeur et le propriétaire sont tous deux des personnes physiques
- Seconde autorisation ou plus : compensation obligatoire, quelle que soit la nature du demandeur
- Personne morale demandeuse ou propriétaire : compensation obligatoire dès la première demande

Source : Règlement municipal de l’Eurométropole de Strasbourg, modification n°3 applicable depuis le 1er octobre 2024, complétée par la modification n°4 applicable depuis le 1er février 2026.
Ce que change la modification n°4 depuis le 1er février 2026
Cette quatrième modification ajoute quatre exigences nouvelles aux demandes de changement d’usage :
- Un DPE joint à la demande, avec une classe comprise entre A et E jusqu’en 2034, puis entre A et D
- Une attestation sur l’honneur indiquant que le règlement de copropriété ne s’oppose pas à l’usage souhaité
- Une période élargie sur laquelle la preuve d’habitation du local peut être apportée
- Une interdiction du changement d’usage pour les logements situés dans une zone du Plan Local d’Urbanisme interdisant les résidences secondaires dans les nouvelles constructions
Ce dernier point n’est pas théorique. En effet, le Conseil de l’Eurométropole a approuvé le 6 février 2026 la modification simplifiée n°6 du PLU, qui délimite des zones urbaines à usage exclusif de résidence principale à Strasbourg. Cette modification est opposable depuis le 23 mars 2026. Dans ces secteurs, aucun projet de meublé de tourisme ne peut donc aboutir.
Durée de l’autorisation : 6 ans, 9 ans au maximum
L’autorisation de changement d’usage pour un meublé de tourisme est accordée pour six ans. Une prolongation de trois ans peut être obtenue si le propriétaire justifie de travaux d’amélioration ou de rénovation énergétique ayant un impact significatif, réalisés après la première autorisation.
Un point souvent ignoré mérite attention. L’autorisation sans compensation est attachée à la personne qui l’obtient et cesse au terme des six ou neuf années. L’autorisation avec compensation est attachée au bien et devient définitive au regard des règles d’urbanisme. Cette différence pèse lourd au moment d’une revente.
L’exigence de DPE
La loi Le Meur impose une performance énergétique minimale aux meublés de tourisme, en deux temps. D’abord, dans les communes qui soumettent la location touristique à autorisation de changement d’usage, comme Strasbourg, toute nouvelle autorisation exige un DPE de classe A à E. Ensuite, à compter du 1er janvier 2034, la classe minimale passe à D.
Attention à ne pas confondre ce calendrier avec celui de la location longue durée. Par ailleurs, la résidence principale du loueur échappe à cette exigence.
Comment déposer sa demande
Depuis le 1er octobre 2024, le dépôt et l’instruction des demandes passent par le guichet dématérialisé Touriz mis à disposition par la Ville de Strasbourg. Une demande ou une pièce complémentaire envoyée par simple courriel n’est pas prise en compte. Le dépôt papier au centre administratif ou par courrier reste néanmoins possible.
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Louer sa résidence principale en meublé de tourisme
Si vous louez le logement que vous occupez au moins huit mois par an, les règles sont nettement plus souples. Des obligations demeurent toutefois.
La règle des 120 jours par an
Conformément à l’article L324-1-1 du Code du tourisme, la location d’une résidence principale en meublé de tourisme est limitée à 120 nuitées par année civile. Aucune autorisation de changement d’usage n’est requise, car l’usage principal du logement reste l’habitation.
La loi prévoit trois exceptions à ce plafond : une obligation professionnelle, une raison de santé ou un cas de force majeure. Il ne s’agit pas d’une dérogation accordée par la mairie, mais d’une situation que le loueur doit pouvoir justifier en cas de contrôle.
Par ailleurs, la loi Le Meur autorise désormais les communes à abaisser ce plafond de 120 à 90 nuitées par délibération motivée. Strasbourg ne l’a pas fait à ce jour. Ce point reste à surveiller.
Déclaration en mairie et numéro d’enregistrement
Toute mise en location suppose une déclaration préalable, qui donne lieu à un numéro d’enregistrement unique. Ce numéro doit figurer sur chacune de vos annonces, sur Airbnb comme sur les autres plateformes.
La déclaration doit contenir votre identité, l’adresse précise du meublé, le statut du bien, le nombre de pièces et de lits ainsi que le classement éventuel. Tout changement impose une actualisation.
Un point d’attention propre à Strasbourg : toute modification effectuée depuis votre espace personnel entraîne la délivrance d’un nouveau numéro d’enregistrement. Pour l’éviter, signalez le changement par mail au service Hébergements touristiques et taxe de séjour de l’Eurométropole.
Enfin, la loi Le Meur généralise l’enregistrement à toutes les communes via un téléservice national. Selon Service-Public, sa mise en service est attendue au quatrième trimestre 2026. En attendant, les démarches locales restent celles qui s’appliquent. Les numéros délivrés par les communes devront ensuite être renouvelés sur le portail national dans un délai de plusieurs mois, après quoi ils deviendront invalides.
Taxe de séjour
Les loueurs collectent la taxe de séjour auprès des voyageurs et la reversent à l’Eurométropole de Strasbourg. Le tarif dépend du classement de l’hébergement et figure dans la grille tarifaire publiée chaque année par la collectivité. Pour un meublé non classé, la taxe se calcule en pourcentage du prix de la nuitée par personne, dans la limite d’un plafond.
Sur Airbnb, la plateforme collecte et reverse la taxe directement. En revanche, pour vos réservations en direct, la collecte et le reversement vous incombent.
Numéro SIRET et déclaration fiscale
L’activité de location meublée, même non professionnelle, constitue une activité commerciale. Vous devez donc :
- Vous inscrire au répertoire Sirène de l’INSEE via le Guichet des formalités des entreprises
- Obtenir un numéro SIRET
- Déclarer vos revenus locatifs au titre des bénéfices industriels et commerciaux, en micro-BIC ou au réel
Notez que la loi Le Meur a réduit l’attrait fiscal du micro-BIC pour les meublés non classés. De plus, pour les cessions intervenues depuis le 15 février 2025, les amortissements pratiqués sont réintégrés dans le calcul de la plus-value imposable.
Location courte durée et copropriété : ce qui a changé
La loi Le Meur a modifié les rapports entre meublé de tourisme et copropriété. À Strasbourg, ce volet est devenu l’un des premiers points à vérifier avant tout projet. Trois règles sont à connaître.
Informer le syndic. Le copropriétaire qui obtient un numéro d’enregistrement doit en informer son syndic. Cette information est ensuite inscrite à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale.
Une interdiction possible aux deux tiers des voix. Sous certaines conditions tenant au règlement de copropriété, l’assemblée générale peut désormais interdire les meublés de tourisme dans les logements qui ne sont pas la résidence principale du loueur. L’unanimité n’est plus nécessaire. Le Conseil constitutionnel a validé ce dispositif le 19 mars 2026.
Une attestation sur l’honneur à Strasbourg. Depuis la modification n°4 du règlement municipal, le dossier de changement d’usage comporte une attestation confirmant que le règlement de copropriété ne s’oppose pas à l’usage souhaité. Le règlement doit donc être vérifié avant le dépôt, et non après.
Sanctions et contrôles : des montants qui ont doublé
Les moyens de contrôle se sont renforcés, notamment grâce au croisement des données transmises par les plateformes. Les montants, eux, ont fortement augmenté avec la loi Le Meur.
Changement d’usage sans autorisation : amende civile pouvant atteindre 100 000 € par local irrégulièrement transformé, contre 50 000 € auparavant, en application de l’article L.651-2 du Code de la construction et de l’habitation. Le juge ordonne en outre le retour à l’usage d’habitation, puis prononce une astreinte pouvant atteindre 1 000 € par jour et par mètre carré utile.
Concours apporté à l’infraction : toute personne qui prête son concours à un changement d’usage illicite, par une activité d’entremise, de négociation ou de mise à disposition de services, encourt la même amende de 100 000 €. Cette disposition vise directement les intermédiaires, ce qui rend le choix d’un prestataire rigoureux d’autant plus important.
Défaut d’enregistrement : amende administrative prononcée par le maire, jusqu’à 10 000 €.
Fausse déclaration ou usage d’un faux numéro : jusqu’à 20 000 €.
Dépassement du plafond de nuitées en résidence principale : amende civile pouvant atteindre 15 000 €.
Annonce publiée sans numéro d’enregistrement valide : jusqu’à 5 000 € par annonce.
Le propriétaire reste responsable même lorsqu’il confie l’exploitation à un tiers. Les plateformes, de leur côté, doivent vérifier la présence du numéro et retirer les annonces non conformes.
Pourquoi choisir Nobilis Home pour votre location courte durée à Strasbourg
La réglementation strasbourgeoise n’est pas illisible, elle est exigeante. Elle combine des règles nationales et des règles locales, avec des conditions qui varient selon la zone, le type de logement et la copropriété. Beaucoup de propriétaires avancent avec une information partielle et découvrent trop tard un point bloquant.
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Ce qu’il faut retenir
La réglementation de la location courte durée à Strasbourg s’est durcie à deux niveaux en 2026, au plan national avec la loi Le Meur et au plan local avec la modification n°4 du règlement municipal.
Points clés :
- Résidence principale : 120 nuitées maximum, déclaration et numéro d’enregistrement obligatoires
- Résidence secondaire : changement d’usage obligatoire, avec compensation systématique dans le centre élargi
- 80 % de la surface de l’immeuble doit rester à usage d’habitation
- DPE de classe A à E exigé pour toute nouvelle autorisation, A à D dès 2034
- Copropriété : information du syndic, attestation sur l’honneur et interdiction possible aux deux tiers des voix
- Zones du PLU réservées à la résidence principale : aucun meublé de tourisme possible
- Sanctions portées à 100 000 € par local en cas de changement d’usage illicite
Avant de vous lancer, vérifiez votre zone, votre règlement de copropriété et votre DPE. Ces trois points déterminent la faisabilité de votre projet. Si vous exploitez aussi un bien dans le Haut-Rhin, consultez notre guide sur la réglementation location courte durée Colmar, les règles y sont différentes.
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FAQ : questions fréquentes sur la location courte durée à Strasbourg
Puis-je louer mon studio étudiant sur Airbnb pendant les vacances ?
Oui, si ce studio constitue votre résidence principale et si vous ne dépassez pas 120 nuitées par an. La déclaration préalable et le numéro d’enregistrement restent obligatoires.
J’habite hors de Strasbourg et je possède un appartement dans le centre. Puis-je le louer sur Airbnb ?
Oui, mais uniquement avec une autorisation de changement d’usage assortie d’une compensation. Le dossier exige désormais un DPE et une attestation sur l’honneur relative à la copropriété. Comptez plusieurs mois.
Combien coûte une demande de changement d’usage à Strasbourg ?
La demande elle-même est gratuite. La compensation, en revanche, représente un coût important, variable selon la surface et le secteur concernés.
Que risque-t-on en louant sans autorisation ?
Une amende civile pouvant atteindre 100 000 € par local, le retour forcé à l’usage d’habitation et une astreinte journalière calculée au mètre carré.
Ma copropriété peut-elle m’interdire de louer en courte durée ?
Oui, sous conditions. Si le règlement interdit toute activité commerciale dans les lots d’habitation, l’assemblée générale peut voter cette interdiction à la majorité des deux tiers des voix. Le Conseil constitutionnel a validé ce mécanisme en mars 2026.
La réglementation est-elle la même dans les autres communes de l’Eurométropole ?
Non. Le règlement municipal des changements d’usage est propre à Strasbourg. Pour un bien situé à Schiltigheim, Illkirch-Graffenstaden ou ailleurs, l’Eurométropole invite à se rapprocher du service urbanisme de la commune concernée. La déclaration en mairie, elle, reste due partout.
Mon immeuble compte déjà plusieurs meublés de tourisme. Puis-je obtenir une autorisation ?
Cela dépend du ratio de surfaces. Si moins de 80 % de la surface totale de l’immeuble reste affectée à l’habitation, la demande sera refusée.
Sources et références officielles
- Code de la construction et de l’habitation : articles L.631-7 et suivants (changement d’usage), L.651-2 et L.651-2-1 (sanctions)
- Code du tourisme : articles L324-1-1 et D324-1 (meublés de tourisme, déclaration, plafond de nuitées)
- Loi n°2024-1039 du 19 novembre 2024, dite loi Le Meur
- Loi n°70-9 du 2 janvier 1970, article 1-1 (durée de la location saisonnière)
- Règlement municipal des changements d’usage de Strasbourg : modifications n°3 et n°4, sur strasbourg.eu
- Délibération du Conseil de l’Eurométropole du 19 décembre 2025 : modification n°4, applicable aux demandes déposées depuis le 1er février 2026
- Modification simplifiée n°6 du PLU de l’Eurométropole, approuvée le 6 février 2026, opposable depuis le 23 mars 2026
- Conseil constitutionnel, décision du 19 mars 2026 sur l’interdiction des meublés de tourisme en copropriété
- Service-Public.gouv.fr : calendrier du téléservice national d’enregistrement
Article mis à jour en septembre 2026. La réglementation évolue régulièrement. Consultez les sources officielles avant toute décision.
2 réponses à « Location courte durée à Strasbourg : tout comprendre de la réglementation en 2026 »
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